Deuxième partie : “Le gouvernement israélien est tout à fait conscient de son isolement international et de sa mauvaise image”, selon Dominique Natanson

Interview de Dominique Natanson (Union juive française pour la paix) par l’ONG de la Vérité

 

4. Israël a le droit de piétiner les lois des nations et de châtier toute nation qui ne respecte pas le droit d’Israël à piétiner les nations, Israël a le droit de tuer sans limites et d’accuser de tous les crimes toute nation qui lui conteste ce droit, Israël a le droit de ne rendre de comptes à personne et d’en demander à tout le monde, Israël a le droit de défendre ses frontières illégitimes et de détruire les frontières légitimes des nations, Israël a le droit d’être raciste et d’accuser de racisme toutes les nations…, mais d’où lui vient ce droit totalement diabolique ? Pourquoi la société civile a-t-elle gardé le silence sur les récentes attaques israéliennes contre Gaza ? Pourquoi le monde entier se tait-il devant les actions criminelles de Netanyahu ? Est-il un autre Hitler ?

Je suis absolument d’accord sur le fait que les violations du droit par Israël sont insupportables et que l’impunité avec laquelle il bafoue les résolutions internationales et les Conventions de Genève est extraordinaire. C’est d’ailleurs le sens du « S » de BDS : nous agissons pour qu’on passe aux sanctions.

Mais je n’aime ni la diabolisation, ni la « reductio ad Hitlerum » dans votre question. Pour combattre la politique de l’État d’Israël, il n’est pas nécessaire d’assimiler les Israéliens au « Diable » ou à « Hitler ». Je crois même que cela empêche de voir les faiblesses de la position des Israéliens. Dans l’Histoire, chaque fois que les nations occidentales se sont opposées fermement à une décision israélienne – situations beaucoup trop rares, bien évidemment – les Israéliens ont reculé.

Par ailleurs, les Israéliens sionistes souffrent d’un tragique « stress démographique » : après avoir pioché dans la diaspora européenne, après avoir suscité la venu des juifs arabes, après fait venir des juifs réels ou supposés d’Éthiopie et de Russie, les Israéliens juifs ne forment plus que 50 % des 13 millions d’habitants de la Palestine historique. Cela explique les tentatives éhontées de Netanyahu de récupérer les événements terroristes de 2015 en faisant appel aux Juifs français pour qu’ils rejoignent « leur patrie » – avec peu de succès d’ailleurs. Durant les dernières années, le solde migratoire israélien est devenu négatif, non seulement à cause de la situation crispée dans la région, mais aussi parce que la société israélienne est une société ultra-libérale, très dure avec sa population.

Et donc, nous avons une action possible face à un projet sioniste qui est dans une impasse menant à commettre des violations toujours plus graves du droit international et des Droits de l’Homme. La fuite en avant vers un apartheid toujours plus violent ne peut durer éternellement. Souvenez-vous que quand le terme d’« apartheid » fut employé il y a quelques années, c’était accueilli par des haussements d’épaule ; et puis, il y a eu, en 2017, le rapport de Richard Falk – certes, enterré par l’ONU – et aujourd’hui, le terme est quotidiennement utilisé dans la presse internationale.

5. Comme vous êtes juif, est-ce que les actes brutaux d’Israël sont selon la Torah ? (Sûrement NON) Donc, où est la place de la paix, de l’égalité et le respect dans ce Livre Saint ?”

L’Union juive française pour la paix est une organisation juive laïque et n’est donc pas une spécialiste de l’interprétation de la Torah. Mais il nous semble que le projet sioniste s’oppose à des siècles d’histoire juive. Il ne serait pas venu à l’idée des juifs jusqu’au début du 20e siècle, de faire de la création d’un Etat un objectif religieux, ou même – à quelques exceptions près – d’aller s’installer en Palestine . La notion d’Eretz Israël – la Terre d’Israël – est absente de la Torah.

« Les juifs ne sont pas une nation, c’est une famille » disait le rabbin Weinfeld pour qui « La Torah était vivante dans le peuple bien avant que l’État fut créé ». Et il est vrai qu’avant la Shoah, l’immense majorité des juifs – croyants ou non – était antisioniste. Le projet de Herzl paraissait de surcroît hérétique aux juifs orthodoxes.

« La Promesse de la Terre, selon les rabbins, doit s’accomplir par le Messie, miraculeusement et surnaturellement, sans armes et sans guerre, avec l’accord de toutes les nations intéressées. Je veux bien de la Promesse d’une Terre mais non d’une Terre arrosée du sang des pauvres et des innocents… » écrivait le kabbaliste de renom, Emmanuel Lévyne, en 1968.

De nos jours, un des plus grands mouvements de juifs orthodoxes, la dynastie hassidique de Satmar, installée principalement aux États-Unis – environ 130 000 membres – est farouchement antisioniste, considérant la création d’un État juif par les Juifs comme un blasphème.

Les principaux fondateurs de l’État sioniste, comme Ben Gourion, étaient athées. Pour fonder l’État d’Israël, ils ont conclu un compromis historique avec les rabbins orthodoxes en leur confiant la définition de qui était juif, en donnant une place aux tribunaux rabbiniques… etc. « Dieu n’existe pas, mais il nous a donné cette Terre », en quelque sorte.

On peut donc en conclure que les atrocités commises par l’entité sioniste ont peu de chose à voir avec la Torah, interprétée de façon très contradictoire par ceux qui l’étudient – la majorité des religieux israéliens étant sionistes, mais pas de ceux de la diaspora –, mais tout à voir avec la logique coloniale du sionisme qui n’a été à ses débuts quasiment promu que par des athées, de Herzl à Jabotinsky.

« Souviens-toi que tu as été étranger en Égypte » est l’une des injonctions les plus répétées dans la Torah. Les juifs le rappelle lors de chaque seder de la fête de Pessah. Une éthique de l’altérité s’est développée dans le judaïsme au travers de l’interprétation du récit biblique. Cette injonction conduit de nombreux juifs à refuser d’être du côté des bourreaux, fussent-ils juifs. La solidarité contre l’oppression est une valeur juive.

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