“BDS est un moyen pacifique et non-violent de combattre l’impunité d’Israël”, selon Dominique Natanson

Jérusalem: Les Palestiniens menacés d’expulsion à cause d’une nouvelle loi israélienne

Dominique Natanson

Truth ONG- Dominique Natanson a été l’un des co-présidents de l’Union juive française pour la paix, organisation juive laïque fondée en 1994. Webmestre du site Mémoire Juive & Éducation, professeur d’histoire et auteur d’ouvrages pédagogiques – dont J’enseigne avec l’Internet la Shoah et les crimes nazis – , il a coordonné l’ouvrage Une parole juive contre le racisme et participé aux clips antiracistes de l’UJFP. Il réalise des interventions pédagogiques antiracistes dans des établissements scolaires et lors de réunions publiques dans les quartiers populaires. Il se définit comme un Juif antiraciste politique et décolonial.

 

1. Est-ce que le transfert de l’ambassade américaine dans la Jérusalem occupée et la reconnaissance de cette ville comme capitale éternelle du régime sioniste, coïncidant avec le 70e anniversaire de l’occupation de la Palestine, était une introduction à l'”Accord du siècle” ?”

La connivence entre la présidence américaine et le gouvernement d’Israël est une affaire qui ne date pas de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. On a cependant le sentiment que l’équipe du nouveau président veut aller à marches forcées vers l’imposition d’une « pax americana » sur des bases extraordinairement favorables au plus extrême des projets sionistes.

Il semble que certaines des monarchies alliées des USA ont prié les trois négociateurs de cet « Accord du siècle », Jared Kushner, Jason Greenblatt et David Friedman, de tenir secrètes le plus longtemps possible les clauses de l’accord proposé tant celles-ci seraient explosives en termes de déni des droits des Palestinien-ne-s : René Backmann analyse ainsi ce retard : « Informés des lignes directrices du projet, plusieurs dirigeants arabes, pourtant bien disposés à l’égard du protecteur américain, et en bons termes avec Israël, l’ont trouvé si déséquilibré et si grossièrement favorable à Israël, si éloigné des réalités du terrain, qu’ils le jugent, comme Mahmoud Abbas, globalement inacceptable par les Palestiniens. Et plus important sans doute à leurs yeux, impossible à faire accepter à leurs opinions publiques, plutôt favorables à la cause palestinienne.” Ainsi, d’après des fuites, Jérusalem-Est serait « remplacée » par une pseudo-capitale située à Abou Dis, isolée par un « rideau de béton de 9 mètres de haut entre le futur parlement palestinien et la ville sainte ».

Le lien paraît donc très probable avec le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.

2. Est-ce que l’UJFP est d’accord avec le mouvement BDS ? Si oui, quels sont les bénéfices de boycotter les produits israéliens ? Est-ce que ça a bien fonctionné en France ?

L’UJFP est très engagée dans le mouvement BDS comme le sont nos partenaires juifs d’autres pays et d’autres continents – Jewish Voice for Peace aux États-Unis – avec lesquels nous avons des contacts réguliers. En France, les militants de l’UJFP sont fortement engagés dans des actions BDS.

Si l’UJFP est en accord avec le mouvement BDS, c’est parce que c’est un moyen pacifique et non-violent de combattre l’impunité d’Israël et parce que c’est la société civile palestinienne elle-même qui nous demande de développer ce type d’actions.

Est-ce un moyen efficace ? Le mouvement BDS ne se limite pas au boycott de produits israéliens dans son aspect économique. Il y a une dimension de « désinvestissement » qui connaît d’ailleurs des succès. Car la question est plus largement celle de l’image de marque de l’État israélien que nous considérons comme criminel. Il s’agit de poser la question des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité israéliens et celle de l’apartheid installé en Palestine. Le boycott est donc également sportif, culturel et universitaire. Il vise, non les artistes ou les intellectuels israéliens, mais les opérations menées par la « hasbara », cette propagande israélienne très fortement financée par le gouvernement, qui se sert de la culture ou des artistes pour redorer une image ternie dans l’opinion française.

Ainsi, Jean Stern, qui a été le directeur de notre revue « De l’Autre Côté », dénonce-t-il le « pink washing » qui consiste, pour cette propagande, à vendre l’image d’une Tel-Aviv, paradis gay : boîtes, bars, restaurants, plages, hôtels gay-friendly, pour faire oublier la réalité de l’apartheid.

3. Des bateaux pour Gaza ont été encadrés par la police fluviale et n’ont pu s’arrêter sur un quai de Seine, le 19 juin. L’inauguration symbolique de « l’Allée de la Nakba » par le maire (PCF) de Bezons n’a pas tenu plus que quelques jours. La France est-elle une des alliés de l’État sioniste ? Pourquoi le Président Macron ne condamne-t-il pas, en tant que le président du pays des droits de l’homme, les autorités d’Israël ?

Il y a un fort contraste entre l’évolution de l’opinion publique française, qui a une vision globalement négative de la politique de l’État d’Israël, et le maintien d’un « philosionisme » important dans les élites politiques françaises, tant au Parti socialiste ou ce qu’il en reste, qu’au centre et à droite, et même à l’extrême-droite issue du fascisme qui – parce que son islamophobie est désormais dominante – flirte ouvertement avec Israël.
Un sondage de l’Union des Étudiants Juifs de France en 2018 révèle que pour 52% des 18-24 ans, le sionisme est une idéologie raciste et que pour 71% des sondés, l’État d’Israël porte une lourde responsabilité dans l’absence de négociation avec les Palestiniens.

Mais effectivement, la Mairie de Paris d’Anne Hidalgo – Parti socialiste – multiplie les gestes en faveur d’Israël comme le grotesque « Tel-Aviv-sur-Seine » de 2015 ; des préfets ordonnent parfois d’arrêter des porteurs de tee-shirts BDS ou attaquent aussitôt les décisions pro-palestiniennes de certaines mairies de gauche ; et la Justice est toujours porteuse d’une circulaire Alliot-Marie demandant aux procureurs d’engager des poursuites contre les personnes appelant, ou participant, à des actions de boycott des produits israéliens.

Les raisons de ces positions pro-sionistes de l’État français sont multiples : il y a d’abord la solidarité impérialiste, dans la continuité des accords Sykes Picot de 1916 et de la déclaration Balfour de 1917; il y a de plus une alliance atlantiste traditionnelle de l’État français avec l’État d’Israël, au prix de l’abandon d’une ancienne politique arabe qui tentait parfois d’équilibrer les choses, au moins dans le discours ; il y a une vieille culpabilité des élites françaises qui ont largement, durant la Seconde guerre mondiale, approuvé et collaboré à l’éviction des Juifs de la vie publique et laissé faire leur déportation vers la mort. La mémoire de la Shoah – cette tragédie terrible – a été érigée – tardivement d’ailleurs – en mémoire centrale au prix de l’oubli des autres crimes de l’État français comme les crimes coloniaux. Les Juifs sont instrumentalisés par l’État et sont présentés désormais comme un exemple positif d’assimilation à la République, contrairement à d’autres, jugés inassimilables. Mais « en même temps », on leur accorde une sorte de droit à une double allégeance, à la France et à Israël, ce qui n’est permis à aucune autre « communauté ».

Ce « philosémitisme » est d’ailleurs dangereux pour les Juifs. Car assimiler constamment les Juifs français à l’État d’Israël et aux crimes qu’il commet, c’est les mettre en danger. Nos gouvernants ne sont pas les amis des Juifs : ils jouent avec le feu.

Continuez à lire : Deuxième partie : “Le gouvernement israélien est tout à fait conscient de son isolement international et de sa mauvaise image”, selon Dominique Natanson

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