La trace d’un accord franco-allemand sur les armes avec les Émirats arabes unis dans la guerre de Yémen

La trace d'un accord franco-allemand sur les armes avec les Émirats arabes unis dans la guerre de Yémen

Truth ONG- WikiLeaks vient de publier un nouveau document qui met en lumière la corruption derrière un accord franco-allemand lucratif sur les armes avec les Emirats Arabes Unis (EAU), armes qui sont actuellement utilisées pour mener une guerre désastreuse et génocidaire contre le peuple du Yémen.

Le document fait état d’une affaire portée devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI) au sujet d’un litige concernant un “paiement de commission” versé à Abbas Ibrahim Yousef Al-Yousef, un homme d’affaires émirati, dans le cadre d’une transaction de 3,6 milliards de dollars entre Nexter Systems (alors GIAT Industries SA) et les EAU, société publique française du secteur des armes. En vertu de l’accord, signé en 1993 et devant être conclu en 2008, les Émirats arabes unis ont acheté 388 chars de combat Leclerc, 46 véhicules blindés, 2 chars d’entraînement et des pièces de rechange, ainsi que des munitions.

Ces armes ont joué un rôle important dans la guerre des Émirats arabes unis et de la coalition saoudienne au Yémen depuis le début de celle-ci en 2015, selon Mint News. La guerre a tué plus de dix mille civils, en grande partie à la suite de la campagne de bombardement saoudienne/UAE, qui a ciblé et paralysé l’infrastructure civile du pays. Ces bombardements, ainsi que le blocus du Yémen par les Émirats arabes unis et les Saoudiens, ont fait plus de 17 millions de morts de faim – dont 5,2 millions d’enfants – et des épidémies évitables qui ont fait des dizaines de milliers de victimes supplémentaires.

L’affaire décrite dans le document qui a fait l’objet de la fuite résultait d’une plainte d’Al-Yousef selon laquelle Nexter Systems n’avait pas respecté son engagement de lui verser une commission de 6,5 % sur la vente d’armes, soit un montant de 235 millions de dollars. Nexter Systems a versé régulièrement, pendant un certain temps, plus de 195 millions de dollars à l’homme d’affaires émirati par l’intermédiaire de la société d’Al-Yousef, Kenoza Consulting & Management Inc. Al-Yousef a exigé que la compagnie lui verse les quelque 40 millions de dollars qui restaient encore impayés.

Cependant, les avocats de Nexter Systems ont affirmé par la suite que les paiements avaient cessé en raison de la législation française contre la corruption promulguée en 2000, et que les activités d’Al-Yousef “avaient l’intention de commettre et avaient effectivement commis des actes de corruption”. Nexter Systems a effectivement fait valoir devant les tribunaux que la “commission” exorbitante versée à Al-Yousef était destinée à corrompre des fonctionnaires des EAU et apparemment d’autres pays afin que Nexter Systems puisse obtenir le contrat d’armement de 3,6 milliards $. Toutefois, le tribunal de la CCI ne s’est pas prononcé sur ce point, estimant que la preuve de Nexter pour cette allégation manquait de preuves suffisantes.

Pourtant, le tribunal a cherché à déterminer pourquoi Al-Yousef avait été en mesure de justifier les frais de commission excessifs, d’autant plus qu’il n’avait pas joué un rôle important dans le développement des chars Leclerc. En enquêtant sur ce point, le tribunal a conclu qu’Al-Yousef avait convaincu les autorités allemandes de renoncer à l’interdiction alors imposée par l’Allemagne de fournir des armes de fabrication allemande à des pays du Moyen-Orient comme les EAU – une étape nécessaire, car les chars Leclerc étaient équipés de moteurs allemands. Selon les déclarations des témoins d’Al-Yousef, la manière dont il a obtenu cette dérogation “impliquait des décideurs au plus haut niveau, tant en France qu’en Allemagne”, même si Al-Yousef ne se souvenait pas des noms des responsables allemands et prétendait ne pas les avoir rencontrés directement.

Le tribunal a finalement conclu qu’il n’y avait aucune raison valable pour justifier les honoraires exorbitants d’Al-Yousef. Pourtant, les arguments de Nexter Systems ainsi que les déclarations d’Al-Yousef lui-même concernant son “lobbying” auprès de fonctionnaires allemands anonymes, suggèrent que le paiement approximatif de 190 millions de dollars a effectivement servi à commettre des “actes de corruption”.

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