France : La propagation de l’islamophobie au nom de la lutte antiterroriste

France : La propagation de l’islamophobie au nom de la lutte antiterroriste

Truth ONG- Pendant dix jours, Fionnuala Ni Aolain, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la protection des droits de l’Homme dans la lutte antiterroriste a rencontré tous les acteurs qui jouent un rôle en la matière en France.

La France est en train de donner le mauvais exemple au monde en termes de respect des droits de l’homme. C’est l’une des préoccupations manifestées mercredi 23 mai par Fionnuala Ni Aolain de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste.

Les « conclusions préliminaires », remises mercredi au gouvernement français à l’issue d’une visite officielle de dix jours, relèvent les risques d’atteintes aux droits de l’homme, à la liberté religieuse et à la liberté d’expression que comportent certaines mesures introduites dans le droit français au nom de la lutte contre le terrorisme, selon Le Monde.

Le document de neuf pages, consulté par 20 Minutes, dresse un bilan critique de la politique antiterroriste mise en place par les différents gouvernements depuis les attentats de 2015 et 2016. A plusieurs reprises, Fionnuala Ni Aolain a exprimé ses préoccupations concernant la protection de nos libertés individuelles.

Son rapport affirme ainsi que la loi du 30 octobre renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, dite loi SILT, « instaure de facto un état d’urgence qualifiée dans le droit commun français ». Elle se dit « particulièrement préoccupée » par le recours aux notes blanches des services de renseignement pour justifier devant les juges des mesures de restriction des libertés, comme la fermeture d’un lieu de culte, une perquisition administrative ou une assignation à résidence. Ces notes blanches « représentent une entrave à la présomption d’innocence, renversent la charge de la preuve et affaiblissent les droits de la défense ».

Les condamnations pour « apologie du terrorisme » visant des mineurs, l’isolement des individus radicalisés en détention pendant de « longues périodes » et la stigmatisation de la communauté « musulmane principalement visée par les mesures d’exception » suscitent également de « vives préoccupations », précise le rapport.

Parmi ses recommandations, la rapporteuse spéciale de l’ONU plaide pour la création d’un organe de contrôle expert indépendant qui serait chargé d’évaluer les dispositions antiterroristes dans la durée. Elle reconnaît qu’elles ont déjà fait l’objet d’un véritable débat démocratique lors de leur adoption, mais que leur impact combiné pose problème :

« Je suis particulièrement inquiète de leur effet disproportionné et de la stigmatisation des citoyens de confession musulmane. Une communauté est considérée comme suspecte de facto par l’accumulation des lois antiterroristes. »

La rapporteuse exhorte le gouvernement à renouer le lien avec la communauté musulmane victime d’un amalgame entre islam et terrorisme. « La France doit (…) prendre des mesures spécifiques pour prévenir un tel amalgame », conclut-elle.

Rappelons que les critiques se coïncident avec l’accusation de certains dirigeants français de financer le groupe Lafarge, qui est mis en cause pour avoir financé des factions armées en Syrie – dont Daech – afin de continuer à faire tourner sa cimenterie malgré la guerre.

Financement du terrorisme : Lafarge finançait Daesh, Paris laissait faire

Leave a Response