Black Lives Matter, la nouvelle voix des Noirs aux Etats-Unis

Black Lives Matter, la nouvelle voix des Noirs aux Etats-Unis

C’est un soutien dont le mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») se serait bien passé. Pendant les négociations avec la police, Micah Xavier Johnson, le réserviste noir de l’armée américaine qui a tué cinq policiers, jeudi 7 juillet à Dallas (Texas), a dit avoir agi seul en soutien au mouvement antiraciste, en expliquant qu’il voulait « tuer des Blancs », selon le chef de la police de la ville, David Brown. Avant d’être abattu, il avait ouvert le feu à la fin d’une manifestation organisée pour protester contre les meurtres de deux Noirs tués par la police – en Louisiane et dans le Minnesota.

 

Fer de lance des dénonciations des bavures policières à l’encontre des Afro-Américains, Black Lives Matter a aussitôt condamné la fusillade, déclarant sur Twitter « défendre la dignité, la justice et la liberté. Pas le meurtre ».

 

Soucieux de dissiper les amalgames, le mouvement a ajouté, vendredi, sur sa page Facebook que « l’attaque [de jeudi était] le fruit d’actions perpétrées par un tireur isolé. Rendre responsable tout un mouvement des actions d’une seule personne est dangereux et irresponsable ».

 

L’épisode tragique de Dallas peut-il porter un coup à l’avenir de Black Lives Matter ? Dans une interview accordée au New Yorker au lendemain de la fusillade, Alicia Garza, sa cofondatrice, estime que non. Selon elle, ceux qui rejoignent le mouvement peuvent « en même temps » condamner les meurtres de Dallas.

 

Les militants du groupe ont « plus d’énergie que jamais, ajoute-t-elle, parce qu’ils voient que Black Lives Matter a été, notamment dans ce cas, injustement diabolisé et blâmé pour le meurtre des cinq policiers. Ils voient que ce genre de discours peut servir un certain agenda politique. »

Un slogan, une plateforme et un réseau

 

Apparu aux Etats-Unis après la mort de plusieurs Noirs, non armés, sous les balles de policiers blancs, Black Lives Matter est devenu le slogan de ralliement de la jeunesse antiraciste américaine.

 

Le mouvement est né d’un simple hashtag en juillet 2013. Alicia Garza venait d’apprendre à la télévision l’acquittement de George Zimmerman, le meurtrier de Trayvon Martin, l’adolescent non armé abattu par balle quelques mois plus tôt en Floride. Choquée, elle écrit un texte sur sa page Facebook appelant ses lecteurs à se mobiliser pour faire en sorte que « les vies noires comptent ». Une de ses amies lui ajoute un hashtag. #BlackLivesMatter est lancé.

 

Le mouvement s’est amplifié à l’été 2014, lors des manifestations de Ferguson (Missouri) – après la mort de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans – et avec celles de New York – organisées après la mort d’Eric Garner, une autre victime de bavures policières. Il est aussi apparu spontanément à Charleston (Caroline du Sud), après la tuerie raciste de l’église méthodiste Emanuel. Alicia Garza assure que le mouvement n’était pas à l’origine des manifestations de Dallas contre les violences policières.

 

Au-delà, Black Lives Matter est désormais une plateforme et un réseau de plusieurs milliers de personnes. Le groupe incarne « un appel à l’action et une réponse au violent racisme anti-Noirs qui infiltre notre société », indique l’organisation sur son site Internet.

 

Certains voient Black Lives Matter comme le mouvement des droits civiques de la génération digitale. « Je ne dirais pas cela, indiquait au Monde Alicia Garza en juillet 2015. C’est plutôt une nouvelle vague dans la longue trajectoire du mouvement pour la libération des Noirs. » Alors que la génération des années 1960 mettait l’accent sur la non-violence et la respectabilité, Black Lives Matter se veut radical, multiracial, homosexuel, athée…

 

Le mouvement essaime aujourd’hui en Europe, comme le note L’Express. A Londres, plusieurs centaines de personnes ont défilé samedi, en soutien aux manifestations organisées dans plusieurs villes américaines contre la mort des Afro-Américains tués par la police en Louisiane et dans le Minnesota.

 

Lors de l’une de ces manifestations, à Bâton Rouge (Louisiane) – ville où fut tué Alton Sterling le 5 juillet –, une figure connue de Black Lives Matter, Deray McKesson, a été arrêtée. Le militant a filmé sa propre arrestation via Periscope, affirmant que « la police [les] a provoqués toute la nuit ». Il a fini par être relâché.

 

Selon le président de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), la plus grande organisation de défense des Afro-Américains, « un jeune Noir court vingt et une fois plus de risques qu’un Blanc de perdre la vie en étant confronté à la police ».

 

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